Fabriquer sa bière maison est déjà une expérience passionnante. Mais réussir une bière sans alcool en brassage amateur est un défi qui attire de plus en plus de brasseurs. En effet, la demande pour ce type de boisson a explosé ces dernières années, portée par une recherche de convivialité sans excès et un intérêt grandissant pour le « mieux consommer ». Bonne nouvelle : avec un peu de méthode et le bon matériel, il est tout à fait possible de brasser chez soi une bière faible en alcool, ou même sans alcool, tout en conservant des saveurs riches et équilibrées. Dans cet article, nous allons explorer les bases de la fabrication de bière, les techniques spécifiques pour limiter l’alcool, l’équipement indispensable, mais aussi des recettes et astuces pratiques pour réussir vos brassins sans faux-pas.

Fabrication de bière : comprendre les bases avant d’adapter

Avant de penser à réduire ou supprimer l’alcool, il est essentiel de maîtriser le processus classique de fabrication de bière. La bière est issue d’un équilibre entre quatre ingrédients : l’eau, le malt, le houblon et la levure. C’est la levure qui transforme les sucres du malt en alcool et en gaz carbonique lors de la fermentation.

Le brassage amateur suit globalement ces étapes :

  • Empâtage : on mélange les céréales maltées concassées avec de l’eau chaude pour extraire les sucres fermentescibles et non fermentescibles
  • Rinçage : transfert et rinçage des drêches
  • Ébullition : on porte le moût à 100 °C et on ajoute les houblons pour amériser et aromatiser.
  • Refroidissement : on fait baisser rapidement la température avant l’ajout de la levure.
  • Fermentation : la levure agit, produisant alcool et CO₂.

Plusieurs leviers pour produire une bière sans alcool ( ou plutôt avec peu d’alcool) à la maison : limiter la part de sucres fermentescibles à l’empâtage (soit par un choix judicieux des paliers lors de l’empâtage, soit par la recette….), diluer davantage au moment du rinçage, utiliser une levure nolo (des levures qui produisent peu ou pas d’alcool) en fermentation. Post fermentation d’autres opérations peuvent permettre d’atteindre l’objectif.

Levures nolo : un atout pour le brassage amateur

Depuis quelques années, le marché propose des levures nolo (no/low alcohol) spécialement développées pour répondre à la demande croissante de bières sans alcool. Ces souches ont la particularité de transformer uniquement une partie des sucres présents dans le moût, produisant ainsi un taux d’alcool très bas, souvent inférieur à 0,5 %.

Pour un brasseur amateur, utiliser une levure nolo présente plusieurs avantages :

  • Simplicité : pas besoin de recourir à des techniques complexes de désalcoolisation après fermentation.
  • Goût préservé : les levures nolo sont conçues pour générer des arômes fruités et équilibrés, compensant l’absence d’alcool.
  • Sécurité : la fermentation reste stable, limitant les risques de refermentation indésirable en bouteille.

Certaines levures nolo se prêtent particulièrement bien à la réalisation de bières blondes légères, de blanches rafraîchissantes ou encore d’IPA aromatiques sans alcool. Pour les brasseurs qui souhaitent s’initier au sans alcool sans multiplier les manipulations, elles représentent une excellente option.

Attention, néanmoins à la stabilisation de votre bière, mais aussi à votre mode de production. Léon considère que seule la fermentation isobare (sous pression) permet de produire des bières sans (ou avec peu) alcool avec des levures Nolo. La refermentation est à éviter.

Méthodes douces de désalcoolisation maison

Une fois la fermentation maîtrisée, il est possible d’aller plus loin en retirant une partie de l’alcool déjà produit. Les brasseries industrielles disposent d’équipements sophistiqués (osmose inversée, distillation sous vide…), mais le brasseur amateur peut recourir à des techniques simples et accessibles :

  • Le brassin à faible densité initiale (recette, paliers d’empâtage, rinçage)
  • La cuisson douce  (78° C) après fermentation.
  • La dilution.
  • Le blocage de fermentation (sterilisation)

Ces solutions peuvent permettre d’obtenir une bière autour de 0,5 à 1,5 % d’alcool, ce qui la classe souvent dans la catégorie « sans alcool » au sens légal.

Astuces de Léon pour sublimer une bière sans alcool

La crainte principale quand on parle de bière sans alcool, c’est de perdre en goût, en corps ou en mousse. Mais rassurez-vous : il existe des astuces simples pour compenser.

  • Miser sur l’aromatique : choisir des houblons riches en huiles essentielles (par ex. Citra) permet de donner du peps.
  • Renforcer le corps avec des malts spéciaux : le malt carapils ou les flocons de blé aident à garder une bonne texture.
  • Ajouter des épices ou fruits : coriandre, zestes d’orange ou purée de framboise apportent complexité et masquent la faible teneur en alcool.
  • Bien carbonater : une belle effervescence donne de la vivacité et rend la bière plus agréable en bouche.

Recettes maison inspirantes pour brasseurs curieux

  • Bière blonde sans alcool aux agrumes : base malt clair, houblons aromatiques type Amarillo et ajout de zestes d’orange en fin d’ébullition.
  • Bière blanche faible en alcool : malt de blé, coriandre et écorce d’orange, fermentation écourtée pour limiter l’alcool.
  • IPA sans alcool houblonnée à cru : utilisation massive de Citra et Mosaic en dry-hopping, sur une base légère.

La fabrication de bière sans alcool en brassage amateur n’est pas une mission impossible. Elle ouvre un terrain de jeu passionnant pour les brasseurs curieux. Entre choix des levures, maîtrise de la fermentation, astuces de désalcoolisation et innovations comme les levures nolo, il existe de nombreuses solutions pour créer des bières savoureuses, légères et conviviales. Le principal écueil à éviter étant naturellement le manque de stabilité du produit qui pourrait générer une reprise de fermentation après conditionnement.

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