Pour faire votre bière maison avec une part de céréales crues, utilisez 10–30 % de céréales non maltées (blé cru, avoine, riz, maïs, seigle, sarrasin, épeautre) avec un malt de base suffisamment enzymatique. Privilégiez un palier protéique (52–55 °C), la gélatinisation des grains crus, et sécurisez la filtration (cosses de riz, agitation douce). Un cas pratique chiffré (20 L à 25 % avoine) et un tableau comparatif vous guident pas à pas et éclairent les notions clés :
- empâtage multi-paliers
- gélatinisation amidon
- flocons d’avoine / blé cru
- rendement & filtration
- céréales locales / alternatives
Les céréales non maltées peuvent représenter 10–30 % du grain total pour enrichir texture, mousse et complexité. Maintenez l’équilibre enzymatique avec un malt de base (Pilsner, Pale) et un empâtage rigoureux : palier protéique 52–55 °C (15–20 min), saccharification 66–68 °C (60 min), mash-out 76 °C (10 min). Les grains crus exigent une gélatinisation préalable (80–90 °C). Sécurisez la filtration (cosses de riz) et contrôlez vos températures au thermomètre spécial brassage.
Pourquoi intégrer des céréales non maltées à vos recettes de bière ?
Les bières traditionnelles du monde entier emploient des céréales non maltées pour affiner le profil sensoriel : blé cru pour la mousse et la fraîcheur, avoine pour le corps soyeux, riz et maïs pour alléger et sécher, seigle pour l’épice, sarrasin et épeautre pour la rusticité. Ces adjoints n’apportent pas d’enzymes : c’est le malt de base qui assure la conversion de l’amidon en sucres fermentescibles. Bien utilisés, ils améliorent la buvabilité, la tenue de mousse, la texture et la couleur, sans sacrifier la fermentescibilité ni la clarté finale.
Le rôle clé des enzymes du malt dans la fabrication de bière
Les amylases (alpha/bêta) transforment l’amidon en sucres fermentescibles (maltose, maltotriose). Les protéases et bêta-glucanases fluidifient le moût et favorisent une filtration régulière. Dans une recette contenant des céréales non maltées, il faut un surcroît d’enzymes disponible via le malt. Dépasser 35–40 % d’ajout de céréales crues sans compensation (malt très diastasique ou enzymes exogènes) entraîne souvent une conversion incomplète : rendement en baisse, densité finale plus haute et moût visqueux difficile à clarifier.
Quels pourcentages de céréales non maltées utiliser pour brasser sa bière avec succès?
- Effet léger / mousse améliorée : 10–15 % (blé cru, flocons d’orge).
- Texture soyeuse / velouté : 20–30 % (flocons d’avoine, blé).
- Légèreté / atténuation forte : 10–25 % (riz, maïs).
- Profil épicé / rustique : 5–20 % (seigle, épeautre, sarrasin).
Au-delà de 35–40 %, prévoyez un malt très diastasique (Pilsner) en proportion suffisante et/ou un palier protéique prolongé. Les flocons (précuits) s’emploient directement à l’empâtage. Les grains crus (riz, maïs, sarrasin entiers) exigent une gélatinisation (cuisson 15–30 min) pour rendre l’amidon accessible aux enzymes lors de la saccharification.
Méthodes d’empâtage efficaces avec des céréales non maltées
1) Empâtage direct avec flocons
Les flocons d’avoine, de blé, d’orge ou de seigle sont déjà gélatinisés : incorporez-les dès le début de l’empâtage. Pour limiter les moûts trop visqueux, visez 66–68 °C pendant 60 min, puis un mash-out à 76 °C pendant 10 min. Une agitation douce et régulière améliore la conversion et homogénéise la température. Sur les volumes modestes, un sac de brassage (BIAB) facilite la filtration et le nettoyage.
2) Céréale mash (grains crus)
Cuisez séparément les céréales crues concassées (riz, maïs, sarrasin) dans 2 volumes d’eau : portez à ébullition douce 15–30 minutes jusqu’à bouillie épaisse. Laissez redescendre à ~70 °C et incorporez à la cuve principale, déjà à ~65 °C. Poursuivez l’empâtage normal. Cette étape de gélatinisation évite les “gelées d’amidon” responsables de rendements faibles et de trouble persistant.
3) Empâtage multi-paliers (recommandé)
- Palier protéique : 52–55 °C / 15–20 min (fluidifie le moût, réduit les risques de colmatage).
- Saccharification : 66–68 °C / 60 min (équilibre corps / atténuation).
- Mash-out : 76 °C / 10 min (liquéfie et facilite le rinçage).
Un contrôle précis au thermomètre spécial brassage est essentiel. Si vous prenez des densités intermédiaires, utilisez un densimètre propre et refroidissez l’échantillon.
Filtration : comment éviter le colmatage
- Ajoutez des écorces de riz (≈ 2–5 % du poids de grain) dans la maische pour maintenir la perméabilité.
- Remuez doucement à mi-empâtage pour éviter les zones compactes.
- Montez au mash-out 76 °C pour fluidifier.
- Si vous brassez en sac (BIAB), soulevez lentement et laissez s’égoutter sans presser.
Tableau comparatif des céréales non maltées
| Céréale | Effet sensoriel | Dosage conseillé | Préparation | Impact filtration |
|---|---|---|---|---|
| Blé cru | Mousse +, fraîcheur, léger trouble, notes de pain. | 10–40 % (Witbier, blanche). | Cuisson courte utile si grain entier. | Colmatage possible → cosses de riz. |
| Avoine (flocons) | Corps, onctuosité, velouté, douceur. | 10–30 % (stout, NEIPA). | Direct à l’empâtage (flocons). | Moût épais → agitation douce. |
| Riz | Légèreté, sécheresse, couleurs très pâles. | 5–25 % (lagers, blondes légères). | Gélatinisation (grains crus). | Filtration facile. |
| Maïs | Douceur, rondeur, doré clair. | 5–30 % (pils adjunct). | Gélatinisation (grains crus). | Filtration correcte. |
| Seigle | Épicé, gras en bouche, sec en finale. | 5–20 % (rye IPA). | Flocons : direct. Grain cru : cuisson utile. | Viscosité élevée → cosses de riz. |
| Sarrasin | Noisette, rustique, sans gluten. | 5–15 % (bières de terroir). | Gélatinisation si cru. | Filtration plutôt aisée. |
| Épeautre | Céréales rustiques, mousse +. | 10–30 %. | Flocons : direct. Grain : cuisson. | Moyen, selon mouture. |
Cas pratique chiffré : Pale Ale 20 L avec 25 % d’avoine
Objectif : fabriquer une bière blonde douce et onctueuse, ~4,8 % vol, 25 IBU, mousse crémeuse.
- Malt Pale Ale : 3,6 kg
- Flocons d’avoine : 1,2 kg (25 %)
- Houblon (profil doux, par ex. Cascade) : 40 g au total
- Levure : US-05
Empâtage : 52–55 °C (20 min) → 67 °C (60 min) → 76 °C (10 min).
Filtration : ajouter des cosses de riz (≈ 150–200 g) pour éviter le colmatage.
Rendement visé : 70–72 %.
Fermentation : 18–20 °C pendant 10–12 jours, contrôle au thermomètre.
Suivi : DI/DF au densimètre propre.
Céréales locales et alternatives : cap sur le terroir
Beaucoup de brasseurs amateurs expérimentent des céréales issues de circuits courts (épeautre, sarrasin, seigle, blés anciens). Outre l’intérêt écologique, elles signent la bière : structure rustique, notes de pain, noisette, épices douces. Commencez par 15–20 %, adaptez la mouture (grains plus fins) et surveillez la filtration. Les flocons locaux précuits simplifient la mise en œuvre. Le pilotage de température reste central : un empâtage multi-paliers régulier conditionne la reproductibilité et la clarté.
Erreurs fréquentes et dépannage
- Filtration bloquée : ajoutez des cosses de riz, remuez doucement, montez au mash-out. Réduisez l’avoine ou le seigle > 25–30 %.
- Moût trouble / DF trop haute : empâtage insuffisant → prolongez la saccharification à 67 °C, augmentez la part de malt de base.
- Rendement faible : gélatinisation manquante des grains crus → cuire 15–30 min avant empâtage.
- Arômes étouffés : les flocons massifs masquent le houblon → descendez à 15–20 % et/ou ajustez les ajouts tardifs.
FAQ – Questions fréquentes pour l’utilisation de céréales non maltées en brassage amateur
Quelle est la différence entre céréales maltées et non maltées ?
Les céréales maltées ont germé et développé des enzymes actives (amylases) capables de transformer l’amidon en sucres fermentescibles. Les céréales non maltées n’apportent pratiquement pas d’enzymes : elles servent surtout à moduler texture, mousse, couleur et profil aromatique. Elles doivent donc être associées à un malt de base suffisamment enzymatique pour assurer la conversion. Bien dosées, elles enrichissent la bière sans pénaliser le rendement ni la clarté.
Quel pourcentage de céréales non maltées puis-je utiliser sans risque dans ma recette de bière?
Pour la plupart des styles, restez entre 10 et 30 %. À 10–15 %, l’effet est subtil (mousse, fraîcheur). À 20–30 %, vous obtenez un réel impact de texture (avoine, blé). Au-delà de 35–40 %, il faut compenser : malt très diastasique et/ou palier protéique plus long, voire enzymes exogènes. Les céréales très visqueuses (avoine, seigle) augmentent le risque de colmatage : sécurisez la filtration avec des cosses (écorces) de riz.
Dois-je gélatiniser les céréales non maltées avant l’empâtage ?
Oui pour les grains crus comme le riz, le maïs, le sarrasin : une cuisson de 15 à 30 minutes rend l’amidon accessible. Les flocons, eux, sont précuits : ajoutez-les directement à l’empâtage. La gélatinisation améliore le rendement, évite les “gelées d’amidon” et facilite la clarification. Intégrez ensuite la bouillie chaude à la cuve principale autour de 65–67 °C pour que les amylases du malt fassent leur travail.
Comment éviter le colmatage avec de l’avoine ou du seigle ?
Ajoutez 2 à 5 % de cosses de riz pour créer des canaux de « percolation », remuez doucement à mi-empâtage et effectuez un mash-out à 76 °C pour fluidifier. Évitez les moutures trop fines et soulevez lentement le sac si vous brassez en BIAB. Si le colmatage persiste, réduisez la part d’avoine ou de seigle sous 25 % et allongez le palier protéique à 52–55 °C pendant 20 minutes pour casser les bêta-glucanes.
Les céréales non maltées influencent-elles la couleur et la mousse de ma bière maison ?
Oui. Le blé cru renforce la mousse et peut apporter un voile léger ; l’avoine ajoute onctuosité et tenue de mousse ; le riz et le maïs éclaircissent et allègent ; le seigle et l’épeautre tirent vers l’ambré. Les flocons torréfiés ou grillés foncent la teinte et introduisent des notes biscuitées. En combinant plusieurs adjoints, vous affinez couleur et texture sans recourir systématiquement à des malts spéciaux colorants.
Comment assurer une bonne reproductibilité de mes recettes lors de l’ajout de céréales non maltées dans ma bière maison?
Notez vos paramètres clés : températures et durées d’empâtage, volumes d’eau, taux d’adjoints, densités DI/DF, temps d’ébullition et de fermentation. Mesurez systématiquement la température avec un thermomètre spécial brassage fiable et validez les densités au densimètre. Stabilisez la fermentation (18–20 °C) et évitez de changer plusieurs variables à la fois entre deux brassins.
